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Contribution thématique en vue du Congrès du PS au Mans
Socialistes et populaires : pour gagner en 2007, nous devrons répondre vraiment aux attentes de nos électeurs
Deux années à peine nous séparent des élections de 2007. Si nous voulons l’emporter, nous devons regarder en face nos échecs passés, en tirer vraiment les leçons et faire le choix d’un Parti socialiste qui réponde aux attentes du cœur de son électorat. Nous qui sommes des femmes et des hommes nés dans les années 1970, qui tenons à nos convictions de gauche, c’est le message que nous souhaitons porter dans notre Parti à travers cette contribution et à l’occasion de notre Congrès du Mans.
1) Quand le Parti socialiste perd, c’est qu’il a perdu en chemin les couches populaires. Cela paraît logique. Et pourtant ! Ceux qui en appellent en notre sein à un sursaut populaire sont soupçonnés de « dérive populiste ». Des scrutins de 2001, 2002, 2004 et 2005, certains donnent une analyse confortable pour eux-mêmes mais dommageable pour les socialistes : « quand nous gagnons, c’est le fait de notre excellence stratégique ; quand nous perdons, c’est à cause des électeurs ». Ce n’est pas notre vision de la réalité, ni de la politique. Lors des élections locales de 2001, le PS a conquis Paris, Lyon ou encore Dijon. Ces très bonnes nouvelles, qui furent d’abord de bonnes surprises quand on sait que ces villes votent historiquement à droite, ont occulté l’ampleur de l’échec sur le reste du territoire : perte de nombreuses mairies de 30 000 habitants dont une bonne partie de celles conquises en 1977 ; déceptions dans les départements ruraux ; reculs plus marqués encore dans les cantons urbains. Ce signal fort à l’encontre du gouvernement de la gauche plurielle n’a, hélas, pas été pris en compte à l’époque. On s’est bercé d’illusions sur de belles conquêtes plutôt que de regarder en face les bastions effondrés. Un an plus tard, la défaite de notre candidat à l’élection présidentielle a fait l’objet d’un déni collectif. Le choc était tel (Lionel Jospin éliminé, Le Pen qualifié, Chirac réélu à coup sûr) qu’il ne pouvait s’agir que d’un accident électoral. Pour la première depuis 1971 et la renaissance d’Epinay, le PS n’était pas présent au second tour de la présidentielle. Cela aurait mérité un examen lucide du bilan de la législature, du programme du candidat, de la stratégie de campagne, de la relation avec nos partenaires de gauche. Non pour se flageller - cela n’aurait pas eu de sens, la défaite était collective, le bilan était honorable - mais pour tirer les leçons de cette dégelée afin de ne pas la rééditer. Peut-on vraiment mobiliser ses électeurs quand on tire argument du fait que le projet n’est pas socialiste ? Peut-on franchir le premier tour quand on laisse les candidatures se multiplier et les affrontements s’amplifier à gauche ? Peut-on l’emporter quand on ne parvient pas à indiquer un cap clair à la nation, que l’on ne dit mot de l’Europe et de la mondialisation, et que l’on ne donne pas le sentiment de pouvoir changer le quotidien dans le sens du progrès social ? Ces questions étaient d’autant plus légitimes que les mérites et les qualités de notre candidat étaient, par ailleurs, bien réels. Hélas, après le 21 avril, notre Parti n’a pas suffisamment cherché à y répondre. Au lieu de cela, on a assisté à l’inventaire des arguments de défausse : « c’est la faute à Chevènement, Taubira et Besancenot » ; « c’est la faute aux Français qui n’étaient pas là » ; « c’est la faute à la météo - trop de soleil pour un dimanche d’avril - et au calendrier scolaire - un tiers des académies étaient en congés. » La vérité du 21 avril est ailleurs : 13 % des jeunes, des ouvriers et des employés ont voté pour Lionel Jospin quand François Mitterrand recueillait, en 1988, respectivement 40 %, 41 % et 39 % dans ces catégories. Autre donnée inquiétante : le candidat du PS n’a disposé du soutien que de 16 % des professions intermédiaires et 18 % des salariés du secteur public. Et faut-il rappeler la désertion des enseignants, qui se sont déplacés pour voter en faveur de notre candidat à la vitesse d’un mammouth... Le décrochage est trop massif pour être imputé au simple « butinage électoral ». Dommage que notre Parti n’ait pas voulu le regarder en face. Dans la même veine, le référendum sur la constitution européenne - le plus mobilisateur depuis 1969 - a traduit un véritable vote de classe. Trois millions de voix d’avance pour le « non » en tête dans 510 des 577 circonscriptions nationales. 63 % des électeurs de la gauche parlementaire ont rejeté le texte alors que 73 % des sympathisants UMP-UDF l’ont approuvé. Là encore, notre parti s’est retrouvé en total décalage avec le cœur de son électorat. 79 % des ouvriers, 67 % des employés, 64 % des salariés du public ont voté « non ». Tout comme plus des trois quarts des salariés proches de la CGT, de FO et de SUD. Le « non » est majoritaire dans toutes les tranches d’âge jusqu’à 60 ans et dans toutes les tranches de revenus sauf dans les foyers dont le revenu mensuel est supérieur à 3 000 euros. Fort en milieu rural (57 %) et dans les communes de moins de 20 000 habitants (60 %), le « non » l’est également dans les villes - à l’exception de l’agglomération parisienne où le « oui » atteint 55 % des voix : Liévin, Calais et Gennevilliers constituent le top 3 du « non » alors que Neuilly (sur Seine), Boulogne (sur Seine) et Saint-Germain (en-Laye) forment le tiercé du « oui ». Dans ce contexte, nos magnifiques victoires collectives de 2004 font figure de performance électorale, donc d’exemple à suivre. Aux élections régionales et départementales, nous avons renoué avec l’adhésion populaire grâce à la stratégie d’opposition frontale à la droite et d’ancrage à gauche de nos propositions (emplois tremplins pour les jeunes, gratuité des livres scolaires et des boîtes à outils, démocratie participative, etc.). Résultat : la quasi-exclusivité des Conseils régionaux et un Conseil général sur deux sont à direction de gauche. Un quasi grand chelem ! Aux européennes, les mêmes choix ont rendu possible le succès. En demandant, par exemple, une loi-cadre sur les services publics, l’harmonisation fiscale et sociale dans l’Europe élargie ou encore le desserrement du pacte de stabilité, le Parti socialiste a obtenu près de 30 % des suffrages et envoyé au Parlement européen le premier contingent d’eurodéputés du PSE. Certains, dans nos rangs, proposent de poursuivre la social-démocratisation de notre Parti et d’opérer un recentrage par rapport à une prétendue vieille gauche au motif qu’« une voix prise au centre en vaut deux puisqu’elle est prise à la droite ». Les résultats obtenus en 2001, 2002 et 2005 ne plaident guère pour cette stratégie. Notre base sociale ne s’y retrouverait pas et, fidèles au message de François Mitterrand, nous non plus. Une telle orientation - réformiste d’appellation, blairiste d’inspiration, centriste de collusion - nous ferait perdre les élections en même temps que notre identité. Plus que jamais, il faut rassembler les siens, avant de chercher à séduire les autres. 2) A la veille d’élaborer notre projet et de préparer les échéances de 2007, la ligne de partage au sein de notre Parti socialiste concerne la lecture de la société française. C’est un enjeu capital, car si le constat formulé ne correspond pas à ce que ressentent nos concitoyens, s’il est trop éloigné de nos valeurs, alors l’écueil est double : nous ne parviendrons pas à convaincre - on nous dira : « mais de quelle réalité, de quelle France, parlez-vous ? » - et nous ne réussirons pas à formuler des propositions en phase avec les aspirations de nos concitoyens. S’il ne s’agit pas de renoncer à parler à tous, nous devons nous adresser en priorité aux femmes et aux hommes qui mettent leur espoir d’un avenir meilleur en nous. C’est pourquoi nous ne devons pas nous tromper de diagnostic. Aujourd’hui, il existe au moins trois lectures de la France de 2005. La première est proposée par l’UMP de Nicolas Sarkozy. Elle consiste à dénoncer les blocages du « modèle français » : un Etat trop interventionniste ; un droit du travail trop rigide ; des services publics trop coûteux ; des initiatives bridées. Ce sont ces soi-disant « exceptions françaises » qui provoqueraient le chômage de masse. En dépit de précautions de vocabulaire, la droite pense que le remède réside dans la fameuse « solution libérale », martingale des conservateurs français depuis le traitement de choc imposé aux salariés et à l’Etat outre-Manche et outre-Atlantique au début des années 1980. Pour Sarkozy, le copier-coller du modèle libéral ne s’arrête pas à l’économie. Il porte aussi sur les valeurs et relève d’un « bushisme » façon Hauts-de-Seine. Comment ? En exploitant le sentiment de peur et d’insécurité et en se plaçant sur le terrain propice des nouvelles menaces comme l’hyper-terrorisme. Mais aussi en proposant le religieux et les communautés comme substitut à la remise en cause de la solidarité publique et à l’abandon d’un horizon collectif. C’est en cela que, pour la première fois depuis l’après-guerre, la droite française peut désormais être qualifiée de républicaine - hélas, au sens américain du terme. Oubliée le gaullisme d’après-guerre et des années 1960, disparue l’identité démocrate-chrétienne, place au cocktail libéral-communautaire. Quand il regarde la société française, Sarkozy énonce un triptyque brutal : valorisation de l’initiative individuelle ; exploitation des peurs collectives ; légitimation de l’identité religieuse. C’est à ce stade qu’intervient la fameuse « discrimination positive », véritable condensé de la lecture sarkozienne de la société. Il s’agit d’exalter la réussite individuelle, en partant non plus des catégories sociales, mais de l’origine ethnique ou du choix religieux. Ainsi parle-t-on de « préfet musulman » - appellation sans précédent depuis la fin de l’ère coloniale. Ainsi remet-on en cause la loi de 1905 l’année même de son centenaire. L’exploitation de la peur et l’utilisation du religieux sont d’autant plus fortes que les Français ayant peu d’appétence pour le libéralisme à la mode Reagan, l’un et l’autre permettraient au Président de l’UMP de mieux faire avaler la pilule libérale. Nul doute que ces thématiques seront « poussées » par la droite à l’approche de la campagne de 2007. Cette lecture de la société et les solutions qu’elle appelle ne peuvent évidemment pas être les nôtres. C’est pourquoi il est regrettable que notre Parti ait autant hésité, en 2003 et en 2004, à s’engager clairement en faveur de la réaffirmation de la laïcité. Qui a oublié que beaucoup dans nos rangs ont alors, au nom d’une laïcité « ouverte », refusé tout recours à la loi, préférant un ni-ni intenable et inefficace - « ni voile à l’école, ni interdiction du voile à l’école » - à la nécessaire clarification législative ? Il a fallu construire un vrai rapport de force interne pour que la majorité de nos dirigeants acceptent une évolution qu’ils avaient d’abord refusée. C’est une erreur qu’il ne faudra pas commettre à l’avenir. La deuxième lecture de la société nous est précisément proposée... par la direction actuelle du Parti socialiste. Elle est certes attachée aux fondamentaux de la gauche : services publics, solidarité, égalité, redistribution. Mais elle se fonde sur un diagnostic qui tourne autour de deux constats principaux, lesquels ne sont pas sans inconvénients.
Dès lors, c’est une troisième lecture de la société qui semble plus juste. Certes, l’identité de classe ne résume pas toute l’identité d’un individu. D’autres données sont évidemment à prendre en compte. Mais les classes sociales restent structurantes pour comprendre la France dans laquelle nous vivons. Du travail (ou du non travail) et de ses revenus (ou de l’absence de revenus) dépendent l’essentiel : le logement, le quartier, le niveau de la retraite, mais aussi trop souvent, la qualité des soins, celle de l’alimentation, l’espérance de vie, la réussite des enfants à l’école. C’est bien de cette réalité là, le rapport au travail et la rémunération de ce dernier, qu’il nous faut partir si nous voulons reconquérir notre électorat. Arrêter de le présenter comme fragmenté et peureux, mais insister sur les inégalités qu’il subit, la déformation du rapport de force au profit du capital et au détriment du travail dans le contexte du capitalisme mondialisé, la perte de pouvoir d’achat, l’érosion de la protection sociale. Bref avoir une grille de lecture de la société suffisamment claire pour unifier notre électorat et lui proposer une vraie alternative. 3) Au cœur de la gauche, nous voulons un parti populaire et ancré dans la société. Pour gagner en 2007, nous avons évidemment besoin d’un projet crédible et ambitieux, assis sur un diagnostic solide de la situation du pays. Un projet qui réponde aux exaspérations et aux attentes des Français, et particulièrement du monde du travail, durement touché par la politique de la droite au pouvoir. Mais aussi un projet qui trace des perspectives, ouvre des horizons, fixe un cap. Bref un projet ambitieux. « Changer la vie » : telle reste notre ambition, la raison d’être de notre parti. Cela suppose des réponses concrètes, précises, aux problèmes rencontrés par nos concitoyens dans leur vie quotidienne : emploi, salaires, logement, transports, etc. Mais cela implique aussi une vision de l’avenir de la France et de l’Europe, une certaine idée du rôle de la gauche, une volonté de mobiliser les forces progressistes pour transformer durablement la société. Au service de cette ambition, nous avons un instrument : le Parti socialiste, notre Parti, à la fois intellectuel collectif et acteur du quotidien, force de propositions et outil de mobilisation. Nous devons réaffirmer avec force le rôle irremplaçable des militants socialistes. Et œuvrer pour que viennent vers nous tous ceux qui nous soutiennent sans oser franchir le pas de l’adhésion. Pouvons-nous nous contenter durablement d’un parti qui compte à peine plus de 100 000 adhérents, souvent présents dans nos sections depuis de longues années ? Que sont les « nouveaux adhérents » de 2002 devenus ? Et où sont passés les « adhérents du projet » ? Bien souvent, on a l’impression que notre Parti préfère jouer à guichets fermé plutôt que d’ouvrir ses portes et ses fenêtres à de nouvelles énergies. L’ouverture, il est vrai, est toujours un risque. Mais le risque de la fermeture et du verrouillage sont plus grands encore : aurions-nous connu un tel décalage avec nos électeurs sur la question européenne si nous avions été plus représentatifs et plus nombreux ? Nous avons besoin d’un parti plus fort : le PS français n’est pas une organisation de masse et n’entretient pas de lien organique avec les syndicats. Son formidable réseau d’élus locaux ne saurait suffire à pallier sa faiblesse numérique. Fixons nous un objectif : 200 000 adhérents à l’horizon 2010. Et donnons-nous les moyens de relever le défi. Véritables campagnes d’adhésion annuelles, mobilisations plus ponctuelles autour de thèmes identitaires forts, organisation de rassemblements festifs et populaires dans toutes les fédérations. Voilà le chemin ! Pour y parvenir, il faut orienter nos campagnes en direction de notre base sociale traditionnelle : la propension du PS à s’enfermer dans une grille de lecture socialement marquée (celle des couches moyennes et supérieures urbaines), faisant la part belle aux questions dites « de société » dans l’oubli du « social », nuit à son attractivité. Si nous voulons diversifier notre recrutement en terme sociologique, notre projet doit incarner une offre politique susceptible de convaincre la majorité du salariat. D’où la nécessaire hiérarchisation des thèmes mis en avant par notre parti : emploi, logement, savoir, santé, démocratie. D’où, évidemment, la remise au cœur de notre discours de la question sociale. Aux propositions de la droite sarkozienne, nous devons opposer une ambition sociale fondée sur les exigences de protection et de progrès. Cette alternative, nous ne la construirons pas tous seuls. Le PS est le parti pivot de la gauche, il doit donc prendre l’initiative du rassemblement. Celui-ci passe par la confrontation franche des points de vue, par la discussion institutionnalisée avec nos partenaires de la gauche. Mais cela ne suffira pas. Pour imposer un rapport de forces favorable au monde du travail, il faut associer à notre démarche les forces vives que sont les associations et les syndicats. Ce n’est pas seulement d’un dialogue au sommet, aussi utile soit-il, que sortiront les axes forts de la plateforme gouvernementale de la gauche pour 2007. Ce qu’il faut mettre en place, c’est une dynamique d’échanges permanente, et à tous les niveaux, entre la gauche politique et la gauche sociale. Un processus de type « assises de la transformation sociale », décentralisé et mené sur la longue durée, doit être lancé à l’issue de notre congrès. Le rassemblement de la gauche est un préalable à la conquête et à l’exercice du pouvoir : la grande majorité des socialistes partagent cette conviction. Pour qu’il voit le jour, il ne faut pas se tromper de diagnostic ni de stratégie. Faisons le choix de l’ancrage populaire : le moment venu, nos électeurs sauront se reconnaître dans notre projet. Tout simplement parce que ce sera le leur. Signataires :
mis en ligne le 8 octobre 2005
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